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jeudi 2 janvier 2014

Thomas Clerc - Intérieur

   Publié chez Gallimard / l'arbalète en septembre 2013.

Après avoir arpenté son quartier, le 10è arrondissement, en l'explorant de A à Z et en avoir tiré un livre: Paris musée du XX è siècle, Thomas Clerc change d'échelle. 
IL décrit son appartement avec le plus de précision possible. Il part de la porte d'entrée, et s'occupe de chaque pièce, l'une après l'autre. Il enferme un espace parisien dans les 386 pages d'un livre, créant non un livre-monde, mais un livre-appartement, ce qui n'est pas si différent, car chaque élément décrit, meuble, éraflure, ustensile, livre, vêtement, a une histoire qui le renvoie à l'extérieur et le lecteur à sa propre histoire, notre vie avec nos objets à nous, notre comportement dans un lieu habité. Loin de nous enfermer dedans, le texte avec son concept radical possède ainsi une vraie force centrifuge.

C'est une lecture apaisante. Le regard se promène d'une pièce à l'autre, d'un objet à l'autre. On accorde de l'importance à ces objets du quotidien vus mais rarement observés. Ils ont leur histoire, leur pouvoir d'évocation. Leur pouvoir de provocation:  un paragraphe sur le balai de chiotte, le rouleau de papier-toilette.

C'est apaisant car il y a peu d'émotivité. Thomas Clerc ne cherche pas à provoquer le suspens, l'angoisse du lecteur. Aucun coup de théâtre, ouf. Itinéraire balisé, planifié. Il raconte son appartement avec un second degré très plaisant, un petit air de dandy lettré et amateur d'art capable de se moquer de lui-même et assumant ses manques, ses défauts, son snobisme.

Il fait ce qu'il veut chez lui. Parfois, tout de même, le lecteur sort de son voyeurisme tranquille (après tout on l'a invité à être voyeur) pour être choqué. Par-exemple, le propriétaire jette son marc de café dans les WC... Je désapprouve aussi qu'il gâche l'eau en prenant des bains, dans une baignoire qui met 13 minutes à se remplir. Mais il savoure, il est maître chez lui. On comprend son plaisir de prendre son bain caché du dehors, alors qu'une fenêtre est ouverte et qu'il voit bouger le coton du rideau dans l'air chaud.

Mais c'est quoi ce mépris pour les porteurs de sac à dos (page 318) ?
Mais si le citrate de béthaïne est aussi efficace qu'il le dit quand on a beaucoup bu, je prend .

La contrainte, le concept à la base de ce livre donne donc lieu à une aventure mentale qui donne plein d'idées. On (re)découvre des objets qu'on n'utilise plus ou pas soi-même: le grille-pain, la canne épée, le fluocaril, le rideau de douche, le judas de la porte d'entrée, l'iBook G4 d'Apple (et le geek  va voir sur internet à quoi ressemble ce mac de 2005), le sous-pull à col roulé, les boots, la redingote, le blazer, le pull marin. C'est drôle comme ce texte nous fait souvent revenir en enfance, des trucs que j'ai porté étant gosse.

On se compare, les chemises, les slips, les vêtements en général. L'homme se flatte d'avoir du goût. Il s'assume comme un lettré, maître de conférence, qui n'a vécu qu'à Paris. Qui possède des centaines de livres, rangés par ordre alphabétique. Il les passe en revue pour nous.
Il change de parfum depuis le début de l'écriture, dans le temps du livre, j'y connais rien mais il a l'air d'avoir du goût, on a envie de copier: Flowerbomb, Sables d'Annick Goutal, Musc ravageur...

Bref, j'ai adoré ce livre, j'ai fait un voyage précis, copieux qui m'a nourri d'idées. J'ai aimé le défi de l'auteur, son audace à se permettre d'écrire un livre pareil. Le pari est largement réussi, j'ai d'emblée envie de lire les autres ouvrage de Thomas Clerc. J'espère juste que je n'ai pas commencé l'année par le meilleur livre....


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