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dimanche 16 septembre 2018

BOIS LE ROI CHARTRETTES 1900


Il y a un mélange entre des images du livre et des archives personnelles. C’est une autre époque où les cartes postales servaient à donner de ses nouvelles, à prévenir qu’on était bien arrivé. 

BOIS-LE-ROI CHARTRETTES 1900  
Il est publié chez l’éditeur AKG, rue Grande à Fontainebleau. 
  
Couverture du livre
Thème: histoire locale

Auteurs: Jean Varly, Michel Poulin. 

Date de parution: 2018

Nombre de pages: 177

Prix: 39 euros (mais on peut l'emprunter en bibliothèque).

Temps de lecture: Fluctuant. J’ai passé deux heures mais je devais le rendre le lendemain à la médiathèque. C’est le genre de beau livre dont on s’imprègne, qui se relit, qu’on montre à des invités, des amis...

SOMMAIRE 


BOIS-LE-ROI 
De la Grande Rue à la Place de la République
Allons vers l'École
Quartier de la Gare 
Balade à Brolles 
Descendons sur la Seine

CHARTRETTES 
Centre du Village 
Grande Rue - Quai des Vallés 
Chemin du petit Vau
Rue Foch 
Route de Bois-le-Roi 
Route du Châtelet-en-Brie
Route de Sivry 
Le Coteau 
Annexe 
Tripogneuse 
Les Ponts Gué, Barrages, 
Écluses Seine, Navigation

Résumé 
Des cartes postales anciennes (CPA) servent de guide pour une visite virtuelle des villages de Chartrettes et Bois-le-roi, commenté par les collectionneurs passionnés d’histoire locale. C’est un voyage dans le passé. 

Lecture
Mais pourquoi les hommes à l’époque portaient-ils tous des casquettes et des moustaches ?
Je tourne les pages lentement. C’est un beau livre où il n’y a pas beaucoup à lire, mais beaucoup à regarder. Peu à peu, il s’imprègne en moi et je reverrais les mêmes lieux en les superposant à ces images noires et blancs. 


 Les gens sont au-milieu de la rue, ils ne craignent pas la circulation automobile. Il y a des champs à la place des maisons, le supermarché ne défigure pas encore l’entrée du village. 

Parfois désorienté, on s’attarde sur une partie de la carte reproduite, on cherche à faire recoller le passé et le présent. On scrute ces visages tirés des limbes sans espoir d’identification. 
IMAGE ISSUE DU LIVRE

Place de la cité à Bois le roi, il y avait déjà un hôtel restaurant Le Renaissance. La légende nous dit qu’on trouvait quatre débits de boisson, un bazar, un coiffeur, une mercerie, un serrurier, un boucher, une mercerie. A la place de l’actuelle boulangerie, le garage de mr Gasolin. A la place de Coccimarket (Coccinelle pour ceux qui ont connu), un tapissier ébéniste. Plus loin, nous croisons des livreurs de vin tirant leurs tonneaux au-milieu de la chaussée. 
Des gens posent devant le Chalet de la gare. Si on a du mal à le situer, on reconnaît bien la gare de Bois-le-roi. Le Café de la gare ne semble pas avoir beaucoup changé. 
Image issue du livre. C'est l'emplacement de l'actuel Mehari. 

En descendant la grande avenue (Doumer) vers la Seine, on a la surprise de voir un champ cultivé dans le prolongement de l’actuel Mehari. Tout simplement parce qu’il y avait un établissement d’horticulture. Troublant. 

En lisant la courte biographie qui lui est consacré, on se rend compte de l’importance de l’architecte Périn pour les deux villages. Les demeures, les belles élégantes, donnent leur physionomie et leur identité aux bords de Seine. 


La domestication progressive du fleuve et la comparaison avec aujourd’hui produisent les images les plus fascinantes. 
« Le site de la Cave était initialement un gué, c'est-à-dire un seuil sur le profil longitudinal de la Seine. Lorsqu'une rivière érode la roche sur laquelle elle coule, lorsqu'elle rencontre une couche géologique plus dure, ce site moins érodable est une zone de rapide. A cet endroit la rivière sera peu profonde et étalée. En période de faible débit il sera possible de traverser à gué, la profondeur étant faible. Les bacs ne sont pas au droit des seuils où le courant est trop rapide. Ces seuils sont des lieux favorables pour construire des barrages et des ouvrages de navigation. L'objectif est d'augmenter la profondeur pour permettre la navigation en toute saison. En amont de chaque barrage la rivière devient un plan d'eau. »
Image issue du livre

Et puis, sur un pas de porte, la légende nous dit que le boulanger Fillon regarde la rue. On ne voit pas son visage. C’est mon arrière-grand père, le père de ma grand-mère. Quelques dizaines de pages plus loin, sur le chapitre traitant de Chartrettes, un bout d’image, des lettres à déchiffrer, Jouas Désiré, peinture vitrerie. Mon autre arrière-grand père. On prend conscience qu’on est d’un pays...



jeudi 13 septembre 2018

FIEF, David Lopez


David Lopez, Fief - Le Seuil (août 2017)


Jonas nous raconte sa vie en courts chapitres. Avec ses potes, pour tuer le temps, ils se roulent et partagent des joints. Ils ont chacun leur personnalité, ce ne sont pas des mauvais garçons mais ils savent la crainte qu’ils inspirent chez les jeunes bourges aux pantalons serrés. 
« Il y a une telle fragilité qui se dégage des gens bien élevés »
Jonas sort d’un combat de boxe avec un nommé Kerbatchi, il a perdu, il a morflé. Il aura une deuxième chance vers la fin du roman. Jonas fume beaucoup, il tire des lattes des ses spliffes. 
Il ne se passe pas grand chose. C’est une chronique de petits durs, dans une zone géographique jamais nommée, autour d’un canal, une ville et ses deux collines où d’un coté il y a les riches, de l’autre ce sont les tours, la zone commerciale et la cité scolaire. 

A la salle de boxe, il mène et décrit l'échauffement avec Sucré l'ami, Virgil le boxeur parfait, et le petit jeune de 14 ans qu'il faut entraîner. Le shadow, boxer contre l'invisible. Les gants pattes d’ours pour l’entraînement. Suer jusqu'à tremper tout le maillot. 
Sonner à un pavillon à l'abandon, Romain accueille ses nouveaux amis, on joue à la console, on se fume des pétards, Ixe cultive de la beuh au fond du jardin. Débarquent Untel, le renoi, avec Lahoiss qui va leur parler de Candide,Voltaire. 
Chapitre avec le pater, qui fume aussi, d'abord sur le canapé, puis au foot. Prendre son vélo et rouler le long du canal. On assiste à un match de football entre amateurs, avec les habitués. Le rôle de Jonas est de compter à chaque fois que son père touche le ballon. 

Qu’est-ce-qu’on fait quand on ne fait rien...
La vie suit son cours dans la petite bande de Jonas. Untel vient vendre du shit à son daron dans le petit pavillon au bord de la nationale. Les gars s'improvisent une dictée avec quelques lignes de Céline. 
Jonas a un rendez-vous galant avec une jeune fille qui lui laisse faire certaines choses et s’endort après. 
Mr Pierrot lui donne une deuxième chance avec le boxeur qui l'a battu. Mais à l'entraînement, après les trois pétards qu'il a fumé, il se fait mettre minable par Sucre et Virgil, juste avant de se ressaisir. Mr Pierrot, son vieil entraîneur (et on voit le vieux Mickey (Burgess Meredith) dans Rocky) l'a bien décrypté: Jonas n'aime pas prendre des coups. Même quand il était gamin et qu'ils se lançaient des marrons à l'automne, il s'efforçaient d'ésquiver. Séquence nostalgie avec un chapitre sur les vacances. Les bandes autour du terrain de basket, la table de ping pong et la mare, dans laquelle les ballons tombent, qui gèle à l'automne. Et le shit, dont l'importance augmente dans leur vie. On appelle ça la dépendance. Sauf que pour la bande, ça devient la normalité. 
Tout a changé d'un coup dans la maison de Romain : ils ont taillé la jungle hostile, presque transformé en jardin de Versailles. Les plants d'herbe sont contaminés par un champignon. Ixe est énervé: Untel est en prison. La réalité les rattrape. On invente un jeu où il faut se mettre minable. On part en ville en voiture. Dans un bar, on fait un peu d'esclandre, on se fait remarquer. Lahuiss leur vieux pote ne les snobe pas et leur donne une bonne adresse, une soirée dans une villa. Et il y a Wanda...( et résonne dans ma tête le refrain de Bashung je vais chez Wanda et ses sirènes, et ses sirènes...). 

Les garçons s’incrustent dans une fête et on se demande comment ça va se finir. Oh, pas de grands drames... Mais l’alcool aide au pétage de cable...
Dans une villa avec piscine, il y a Wanda en maillot de bain qui lui parle de photographie, il y a une coccinelle à qui il faut sauver la vie, peut-être le plus beau chapitre du livre. 
A coté de leur ville, il y a la forêt toute proche, le plaisir de faire un feu de bois et de le regarder brûler. 

Poétique de la racaille
Le livre est passionnant par son style car il est travaillé pour aller à l'essentiel. Il colle au plus près des choses et du temps en passant par des motifs. D'où les chapitres courts. 
 Il restitue le quotidien, dans une langue simple et directe où il mélange des descriptions précises et le parler populaire de la racaille. « Je lui nique sa race au tas de ronces ». Le style commence dans la précision, le corps à corps attentif de tous les protagonistes et il se musicalise au fur à mesure que l'émotion monte. C'est ce qui me plaît le plus dans ce livre : sa langue précise qui évacue tout "résidu de flux" comme le dit l'auteur. On est au plus près du réel, qu’il s’agisse d’un combat de boxe, contre les ronces, contre l’eau de la piscine, d’une balade en vélo ou des grandes lèvres d’une jeune fille...
Et puis ces gens, on les connaît, on les reconnaît, souvent des petites gens, des anonymes. La force du livre vient de l’absence de fioriture de dispersion; David Lopez ne parle que de ceux qu’il connaît depuis longtemps. Il réinvente cette microsociété de ces souvenirs. 
Et c’est vrai que ce livre me parle parce que je connais bien les lieux qu’il décrit sans donner le nom, Nemours, son canal, sa forêt, sa gare...

samedi 8 septembre 2018

Vernon Subutex 2


Virginie Despentes, Vernon Subutex 2. Grasset. Date de parution: juin 2015. 


A propos du premier tome, je terminais mon billet Descendre aux enfers avec Vernon Subutex par ces phrases: 
"J’ai pris un gros kif à lire cette histoire qui nous fait prendre du recul sur les vanités de l’existence et nos croyances. 
Et la bonne nouvelle, c'est qu'il y a un tome 2, vive le roman feuilleton."

Pas de bol, c’est la redescente. Peut-être parce que je sors d’un grand livre (Jours barbares), peut-être parce que les procédés sont éventés. Je me suis obligé à finir Subutex 2.  
On finit tout de même par entrer dans le jeu du roman, de point de vue en point de vue, l'opinion des personnages sur notre époque. On est amis sur Facebook (et on a franchit un degré dans la surveillance), il y a une vengeance sur un producteur libidineux. L'envie sexuelle des femmes est décrite sans tabou tout comme les hommes qui se laissent mener par leur braguette. Une tatoueuse qui travaille dans un bar. Xavier, bon père, cinéaste raté et son caniche qui pardonne au faf qui l'a frappé, Loïc, un pauvre mec en "rupture d'amitié".  Le passé d'une femme cocaïnomane, la Hyène qui tire les fils. Quand à Vernon, c'est devenu une sorte de chaman qui rassemble toute une faune hétéroclite autour de lui au parc des Buttes Chaumont. Franchement, niveau style ça casse pas trois pattes à un canard, mais Despentes c'est une énergie, une rage et elle réussit à la faire passer dans le roman. 

On a l’impression que l’auteur a a une réserve illimitée de portraits de ce genre. 
Qu’est-ce-qu’il y a de vraiment original dans ce bouquin ? La traduction d’une époque mais dans un style pauvre, qui illustre la banalité du réel. On dirait une sorte de ronron littéraire, qui appâte le citadin qui veut se distraire avec une lecture facile. 
Je me demande si le succès de Despentes ne vient pas de son coté vengeur. Elle permet au lecteur de régler des comptes avec la société. Je ne crois pas que je vais lire le troisième. 
De Virginie Despentes, j'avais aussi chroniqué King Kong Théorie. 

jeudi 30 août 2018

Une vie de surf, William Finnegan


JOURS BARBARES, une vie de surf, William Finnegan. Editions du Sous-sol. Traduit par Frank Reichert. 



Dans le gros son de l’océan, Jours barbares orchestre tous les moment de grâce du surf. Glisser sur l’eau, entre jouissance et effroi. Et continuer, jusqu’à ce que le corps se rebelle..William Finnegan est conscient de la vanité de ces sensations uniques, de cette drogue dure qui domine sa vie. Ce funambulisme aquatique érigé en art de vivre nous rend la lecture de plus en plus sublime.
Les longues phrases ramassent les souvenirs comme autant de vagues. Les décennies passent et l’auteur hypnotise le lecteur dans les rouleaux, les houles, comme des zones intemporelles. Sa bienheureuse cachette. 

Le surf a toujours eu pour horizon cette ligne tracée par la peur, qui le rend différent de tant de choses et, en tout cas, de tous les autres sports de ma connaissance. On peut sans doute le pratiquer avec des amis, mais, quand les vagues se font trop grosses ou qu'on a des ennuis, on ne trouve plus personne. Tout, au large, semble s'entremêler de façon perturbante. Les vagues sont le terrain de jeu. Le but ultime. L'objet de vos désirs et de votre plus profonde vénération. En même temps, elles sont votre adversaire, votre Némésis, voire votre plus mortel ennemi. Le surf est votre refuge, votre bienheureuse cachette, mais il participe aussi d'une nature hostile et sauvage - d'un monde dynamique, indifférent. A treize ans, j'avais pratiquement cessé de croire en Dieu. Un nouveau rebondissement dans ma vie qui avait laissé comme un vide dans mon univers: l'impression d'avoir été abandonné. L'océan était un dieu insoucieux, infiniment dangereux, incommensurablement puissant. 
source de l'image
Journaliste reconnu et engagé de The New Yorker pour ses reportages sur les théâtres de guerre du monde entier, William Finnegan, à 65 ans, remonte aux origines de son addiction pour le surf. 

Au commencement...Honolulu. 
Au collège, le petit blanc est un souffre douleur mais il découvre le surf avec ses amis Roddy Kaulukuiki, son frère Glenn le fugueur, Ford Takara le japonais mutique, Domenic Mastrippolito, le David de Michel Ange. Les corps bronzés, les cheveux blondis par le soleil.. Tout en faisant le portrait de ses parents, il montre comment il s'isole de sa famille. Finnegan raconte (ici) qu'un ami lui a renvoyé les lettres très longues qu'il lui avait écrites à l'âge de treize ans et il s'est servi des détails pour nourrir son autobiographie.  

Les époques se croisent, il se souvient de l'enfant, de l'ado qui passe de longues heures à  nager, à déchiffrer les houles. D’un coté, les vagues, de l’autre, l'enfance, les bagarres à l'école où il faut s'imposer, les bandes, les caïds. Il parle d'une époque où les parents fessent les enfants ou les corrigent à la ceinture. 

 Tout d'un coup les "longboard" sont obsolètes, les planches raccourcies - le shortboard- révolutionnent la manière de surfer. Il évoque Domenik, Caryn Davidson la petite amie de ses 17 ans, la liberté sexuelle, Jimi Hendrix qui meurt cinq jours avant un concert à Rotterdam, le voyage en Europe où il se revoit, cruel, avide de mouvement, de départs, d'explorations. Et les vagues, encore et toujours, comme des personnages, les tubes : 
« la traversée réussie de la chambre intérieure d'une vague creuse ». 


Dans un chapitre qu'il nomme La quête, Finnegan a laissé sa petite amie au pays, son métier de "serre-freins" à la Southern Union (sa fierté d’avoir été cheminot), pour aller explorer le monde des mers du Sud avec Bryan Di Salvatore. 

Au bout de quelques semaines, nous avions déjà l’impression d’avoir sillonné le Pacifique Sud la moitié de notre vie durant. Nous nous déplacions en bus, en camion, en ferry, en canoë, cargo, bateau à moteur, petit avion, yacht, taxi, voire à dos de cheval.

Les deux hommes scrutent des cartes marines et rêvent de houles et de tubes. L'océan est souvent inaccessible. L'américain voyageur a le contact facile avec les autochtones et il compare leurs conditions de vie. Le compagnonnage n'est pas toujours facile, Bryan semble perdre la boule. Lui, Finnegan, semble prendre chaque jour des risques qui peuvent lui coûter la vie, par noyade, maladie. Il ne s'appesantit pas sur les douleurs. Il avance, coûte que coûte. 

Quelque part au milieu du livre, il y a une vague secrète. C'est dans les îles Fidji. Ils campent au-milieu des serpents de mer (« Trois pas, le nombre de pas que tu peux faire une fois qu'il t'a mordu »). Il dort dans un hamac. Bryan occupe la tente. Et ils vont enchaîner les vagues des jours entiers. Il décrit ça comme des shoot. Une mer transparente. Des vagues qui l'assomme, le tabasse, des falaises, des coraux qui les laissent en sang. Ils sont loin de tout, dans des îles sans téléphone où les autochtones font tout eux-mêmes. 
Tavarua, dans l'archipel des Fidj

Morale de surfeurs, ils font le serment de ne jamais divulguer la position de Tavarua. 

Puis c’est l’Australie (La Contrée chanceuse) et ses très bons salaires. Il fait la plonge dans un restaurant. Il explore le spot de Kirra. Bryan et lui signent leurs premiers articles pour la presse même s’ils ne s’entendent sur rien à propos du style. 

Nous avons atterri à Kirra, ville balnéaire du Queensland proche de la frontière des Nouvelles-Galles du Sud. Nous étions les fiers détenteurs d’un break Falcon de 1964, acheté trois cent dollars près de Brisbane, et nous avions surfé la Côte Est de long en large, de Sydney à Noosa, en dormant dans la voiture. Revenir dans l’Ouest, avec son confort et ses commodités- il y avait même sur les routes des panneaux PLAGE DE SURF- était grisant. 

Ils traversent le pays par son centre dans une voiture asthmatique juste parce qu'on leur a dit de ne pas le faire. 
En Indonésie, dans le train, en regardant au dehors, il se demande si l’occupation principale n’est pas la défécation. Il vivent une tempête sur un ferry. Sur un spot isolé de tout, ils sont obligés de rationner l’eau parce que leurs bidons n’ont pas été bien lavés. 
 A Nias, il est à l'apogée de son surf. Il se sent immortel. 

Sharon, sa petite amie, vient le rejoindre. Il tombe gravement malade, malaria. Il se demande s’il ne doit pas rentrer, s’il n’est pas un raté. Bryan est rentré au pays. Mais ce n’est pas encore l’heure de rendre des comptes.
Départ en Afrique. Découverte de l’Afrique du Sud et de l’appartheid. Il est engagé comme instituteur dans une école pour noirs, sa conscience politique se réveille. 
Et toujours les séries de vagues...

Retour en Amérique. San Francisco et Ocean Beach. 
Encore des personnages: le doc Mark Renneker, sorte de fou animé par une pulsion de mort sur lequel il écrit un article dans le New Yorker, Edwin l'Argentin, Peewee le charpentier. Les débuts de la peur face aux plus grandes vagues quand il se compare à ces têtes brûlées.

L'apnée dans le surf: « Réprimer ce réflexe qui vous incitait à respirer l'eau dans vos poumons était effroyable, frénétique ». Il décrit les vagues comme des pyramides dynamiques. 

En société, dans le monde sérieux, il commence sa carrière de journaliste engagé, il écrit sur l'Afrique du Sud. Ces années-là sont compilées en quelques lignes alors que les sessions de surf s’étendent sur des pages et des pages, comme pour nous les faire vivre en temps réel. Les désillusions, quand soudain, avec son vieux copain Mark (installé à Missoula, la fameuse ville des écrivains), ils se rendent compte que leur vague secrète des Fidji est dévoilée au monde entier dans le magazine Surfer.

Dans les années 90, il découvre Madère avec un nouveau camarade. Encore des dangers dans les vagues, les tonnes de flotte, les bruits de tonnerre de cascade. Plusieurs fois il croit sa dernière heure arriver. On se demande si ce n'est pas ça le surf: le plaisir ultime, jouissif, de filer en vitesse avec l'ombre de la mort à chaque grande vague. L'auteur aura mis tous ses forces d'écrivain pour nous communiquer, à nous simples mortels qui jamais n'avons surfé, les plaisirs et dangers de sa pratique. 
L'âge vient, la peur augmente au fur et à mesure des sessions, son corps n'a plus les mêmes réactions. 
Et en parallèle, expédiée, la vie de grand reporter dans les zones brûlantes du globe d'où il rapporte de longs articles d’immersion. 

Ode au temps qui passe, à l’amitié masculine, Jours barbares m’aura emporté loin avec ravissement. 

jeudi 23 août 2018

L'envol ou le rêve de voler


Paris, Maison Rouge, dernière expo, L'Envol ou le rêve de voler.  Jusqu'au 28 octobre 2018. 


Comme toujours, ça commence doucement, on pousse le petit portillon. Au-dessus de notre tête, suspendu, il y a un avion en carton. 
Dans le petit couloir, une scène de film est projetée sur le mur, Marcello Mastroianni s’installe dans un petit hélicoptère qui s’élève dans les airs, une statue du Christ suspendue. C’est la Dolce vita de Fellini. 

Photos de Philippe Ramette, un homme dans les airs ne tient qu’à un fil dans un parc, un homme porte un ballon d'hélium sur la tête. 

En sortant du couloir on tombe sur le vélo hélicoptère de Gustav Messmer. Il donne le ton d'une expo qui fait la part belle à l'art brut. Des sculptures bricolées de bric et de broc par des doux dingues qui ont connu l’enfermement, l’hôpital psychiatrique. 

Dans une vitrine, une belle aile blanche de Rodin se démultiplie par un jeu de miroirs. 

Dieter Appelt, le canyon à Oppedette. Trois photos séquentielles, une dédicace à Marguerite Duras, structures d'aile dans l'herbe, puis vision de cet homme perché sur une corniche à l'intérieur d'une immense grotte (ou canyon)...les deux ailes accrochées à ses bras, mythe d'Icare. 

Les Chaises de Lucien Pelen, dans des paysages vides, un champ de cailloux, quelques arbres, une silhouette d'homme en mouvement de chaise, grandes photos charbonneuses, personnage à chercher dans l'image, comme une ombre...

Série de photos argentiques, des plongeurs de compétition saisis dans leur saut. Un petit garçon funambule tenant son balancier... des lignes qui zigzaguent sur le fond du ciel. 

Une femme funambule, anonyme, nous dit-on, vue de loin. 

Les Frères Zacchi, hommes canon au moment où ils jaillissent de la bouche, c'est très flou, on imagine une scène dans un cirque d’antan. Les hommes canon existent encore. 

De grandes ailes en structure de bois et plume dans une vitrine en taille réelle et des photos de l'homme de dos qui les porte, c'est Mario Tézic

Au milieu de la pièce, des cloisons de toile translucide abritent une petite chambre où il est interdit d'entrer. Il y a une lampe de chevet allumée, on a l’impression que l’habitant va bientôt revenir. Comment devenir meilleur, questionnent Ilya et Emilia Kabakov et ils donnnent le mode d'emploi sur un petit texte.

Plusieurs photos de visages en gros plan, il y a une femme en extase religieuse, une femme qui a pris du LSD...
La vitrine ethnographique nous présente des oeuvres des arts premiers. 

Passer sous une structure réfléchissante, Trypps#7 de Ben Russell, 6 miroirs réfléchissent le visage d'une femme filmée gros plan. 

Les visiteurs peuvent s'allonger pour regarder une série de films de danse projetés au plafond. 

Couple tournoyant: Aurélie Dupont donne un baiser et reste accrochée à son compagnon par la force de son baiser, dans une danse qui paraît éternelle. 

Nos solitude de Julie Nioche présente un homme suspendu à des cables. Il descend et flotte dans les airs au gré des contre-poids autour de lui. 

Article de Match nous présentant le dernier saut de Nijinski chauve et vieilli. 

Les premières planches d’Arzach, de Moebius. Les images colorées de Koji Shima. 

Il y a ce livre fabriqué et cousu à l'intérieur d'une vitrine, il y a cette oeuvre sorte de radeau en bois sur lequel sont imbriquées des fioles des objets trouvés...

Et qui cet homme anonyme (Zorro dit) sur ces photos...

Peintures d'art brut, photos d'ovni, chambre reconstituée d'un homme qui se dit enlevé par des extra terrestres. Les petites filles d'Henry Darger. 
Une cage à la porte ouverte. 
Comme souvent à la Maison Rouge, les vrais surprises les performances impressionnantes arrivent quand on passe dans les pièces plus sombres. 

On peut regarder le Voyage dans la lune de Meliès diffusé en boucle. Dans la pièce avec balcon, il y a une sorte de planeur suspendu, tandis que sur le coté un truc blanc avec une phrase en anglais invitant à essayer.

Dans la pièce opposée, le mystère suspendu. Attention les oeuvres sont fragiles. Il y a une immense échelle en bois qui monte vers le haut. Une sorte de bulle rose où j'imagine un cerveau...

Un astronef en bois dont on peut voir l'intérieur clignotant fils rouges fils bleus et à l'arrière des sons  comme s'il s'apprêtait à partir. 
On peut entrer dans une petite pièce, se déchausser et marcher dans du polystyrène , l'expérience est curieuse, se retrouver avec des inconnus pieds nus dans un sas sombre, son des pas dans l'épaisse mousse blanche, sorte de maison troglodyte sans lumière. Lien Instagram. 


Puis on descend. Il y a cet homme qui danse dans son village de pierre. Et puis les oeuvres qui vont le plus me fasciner, des dessins sous verre, gens suspendus selon un point de vue en hauteur. Croquis de petits dessins de signes qui forment une sorte de langage inventé. 

Palanc, l'homme qui crée avec des coquilles d'oeufs. 

Enfin, dans la pièce du fond, les petits films de  Roman Signer celui où des hélicoptères parfaitement alignés sont mis en route au même moment et se mettent à voler de façon anarchique, se cognant les uns aux autres, se crashant, rebondissant sur les murs, s'écrasant dans un multi-vrombissement d'insectes déchainés...
Celui où ils scotche deux parapluie sur une plage venteuse et lâche l'objet qui va rouler dans les dunes jusqu'à la mer. Celui où il monte dans une petite voiture un casque sur la tête, ses comparses retournent la voiture nez pointé vers le ciel, un compte à rebours commence, pof, disparition, un blanc...

Au milieu de la pièce, des objets volants fabriqués avec du matériel de récupération, beaucoup de stylos...

A l'autre bout de la pièce, grande photo de Une sorcière semble s'être crashée sur un mur en ayant perdu le contrôle de son balai. Et, à gauche, le mur bleu avec la tache de sang, on a juste la photo de ce qui s'est passé, le corps a été retiré...
Pendant ce temps, dans un angle de la pièce, le métronome de diapositives projetées sur le mur, photos en noir et blanc de fous volants. Ce qui me rappelle ce petit film du haut avec cet italien qui essaie de s'envoler, bat des ailes, revient et recommence. 
Je refais un tour dans les salles du haut, je croise les gardiens qui me paraissent familiers, c’est ma troisième visite. Le restaurant est fermé, quelques vieilles dames prennent encore le thé, je regarde le type qui essuie l’intérieur de l’horloge pour l’éternité, de toute façon on va revenir avant que ça ferme, pour tester le photomaton de l’entrée. 
Dehors il fait frais, j’ouvre mon parapluie. L’esprit encore émulsionné par tout ce que j’ai vu, je traverse prudemment les rues. 

Liste des artistes exposés:
Hans-Jörg Georgi 
Federico Fellini
P. W. Wodehouse
Philippe Ramette
François Burland
Sethembile Msezane
Gustav Mesmer
Auguste Rodin 
Lucien Pelen
Dieter Appelt
Eikoh Hosoe
Alexandre Rodtchenko
Lev Borodulin
Dara Friedman
Shimabaku
Mario Terzic
Gino de Dominicis
Otto Piene
Pierre Henry
Miroslav Hucek
Agnès Geoffray
Fernand Desmoulin
Jacques-Henri Lartigue
Albert Rudomine 
ean-Philippe Charbonnier
Heinrich Nüsslein
Henri Cartier Bresson
Jan Malik 
Ben Russell 
Brassaï 
Salvador Dalí
Yuichi Saito 
 Frédéric Pardo
Robert Malaval
Ilya et Emilia Kabakov
Loïe Fuller
Vaslav Nijinski
Phia Menard
Heli Meklin
 Yoann Bourgeois
Angelin Prejlocaj 
Julie Nioche.
Robert Rauschenberg
Peter Moore
Merce Cunningham
Alfred Statler
Winsor McCay 
Mœbius
André Robillard
Guillaume Pujolle
Emery Blagdon
Charles August Albert Dellschau
Ionel Talpazan
Julius Koller
Melvin Edward Nelson
Karl Hans Janke
Panamarenko
Kiki Smith
Joel-Peter Witkin
Friedrich Schroder-Sonnenstern
Roger Lorance
l’abbé Fouré
Henry Darger
Janko Domsic
Prophet Royal Robertson
Stephan Balkenhol
James Kwabena Anane 
Urs Lüthi
Georges Méliès 
Philippe Thomassin
Nobuko Tsuchiya
Cai Guo-Qiang
Oswald Tschirtner 
 Fabio Mauri
Stéphane Thidet
Vladimir Tatline
Didier Faustino
Yves Klein
Simon Faithfull
Rebecca Horn
Parviz Kimiavi
Matthew Ivan Smith
Kim Jones
Johannes Stek
Kim Dong-Hyun
Zdeněk Košek
Palanc
Robert Herlth
Roman Signer
Damián Valdés Dilla 
 Georges Widener
Pierre Joseph
Nils Strinberg
Jean Perdrizet 
Hélène Delprat
Jules-Étienne Marey
Nicolas Darrot 
Hervé Di Rosa


My absolute darling, Gabriel Tallent



MY ABSOLUTE DARLING de Gabriel Tallent. Traduit par Laura Derajinski. 455 p. Gallmeister, 2018. 

My absolute darling donne de très fortes émotions.

Voilà un roman d’émancipation qui tient le lecteur en haleine du début à la fin. Le récit semble parfois déteindre sur notre propre réalité tellement il nous emporte. C’est une succession de scènes éprouvantes, parfois suffocantes. Celles où Martin exerce sa tyrannie douce et violente à la fois, physique et psychologique, sur sa fille. Turtle est décrite comme la princesse d’un royaume dont son père a fixé les limites. Elle a le pouvoir de survivre dans une forêt onirique, et elle peut se sauver, elle et Jacob, de l’océan hostile qui a emporté l’absente, sa mère. Mais elle doit vaincre l’Ogre qui lui a tout appris et qui ne supporte pas qu’elle lui échappe. Style précis, poésie des mots qui viennent se mélanger, retrouver une littérature simple, on nous donne le nom des plantes, la botanique comme personnage de roman, comme adoucisseur d’histoire cruelle. 

La suite du billet révèle des éléments de l'histoire.

Julia Alveston, dite Turtle, et son père Martin rentrent chez eux, dans la maison peu à peu envahie par le sumac. Turtle lance une canette de bière à son père. Elle sait nettoyer toutes sortes d'armes. Elle se sait laide et bête. Son père l'appelle croquette, il la sadise, il vient sur elle. Une professeure, Anna, organise un rendez vous chez le proviseur; papa vient avec son colt sous la chemise, faisant face à l'adipeux directeur et à la prof à la voix perchée. Il bousille le couteau que papy a donné à Turtle, il oblige Turtle à faire des tractions à la poutre. 

Une nuit, Turtle s'en va, pieds nus
 "Elle a tellement l'habitude de marcher pieds nus qu'elle pourrait aiguiser un rasoir sur sa plante des pieds" 
Elle traverse la forêt, un aérodrome, des routes, arrive près d'un van à l'abandon. Elle fait griller un lapin  sur un feu de bois mort et d'herbes sèches. Elle se cache quand deux lycéens partis à l'aventure font irruption. 
Non, ce n'est pas son père dont elle imagine qu'il est sur ses traces. Elle espionne les deux garçons qui parlent bizarrement, elle braque sur eux son sig sauer. Elle est comme un fantôme, ils ne la voient pas.  
Ils rencontrent un homme qui vit seul et leur donne des bourgeons de cannabis puis leur indique la mauvaise direction. Elle les suit et les regarde s'embourber le long d'une rivière qui sort de son lit, sous la pluie, devant un mur de sumac vénéneux...

Elle se découvre et les aide. Ils dressent une tente de nuit, ils dorment dans des troncs d'arbre mort. Elle est étrangement charmée par leur conversation savante et ironique ( Leur facilité d'expression orale est déconcertante), elle se sent bien avec eux, elle voit s'ouvrir le champs des possibles. Les deux garçons, Brett et Jacob, sont épatés par cette apparition. 
« Elle nous a guidé hors de la vallée des ombres...Elle sait faire les noeuds, elle sait s’orienter dans la forêt, les animaux lui parlent et lui confient leurs secrets. »
La mère de Brett, Caroline, a bien connu la mère de Julia autrefois. Elle ramène Turtle chez elle, revoit le père de Turtle. 
En partant faire l’école buissonnière, elle rencontre sa prof et elles s’expliquent. 

Péripéties...
Martin frappe Turtle avec un tisonnier. Papy a une attaque. Le chien Rozy a les intestins dévorés par les corbeaux. Martin disparaît. Turtle retrouve Jacob et Brett, et découvre la riche famille de Jacob. Turtle et Jacob se retrouvent pris au piège dans la mer, entre la falaise et les courants.  Ils s'en tirent en pensant aux marées. Elle allume du feu grâce à une canette de soda qui fait miroir. 

On lui achète un soutien gorge. On l'adopte. Moments doux. Mais Martin revient, silhouette au loin sur la plage alors que Julia fait l'expérience de la solitude et du bonheur. Il est accompagné de Cayenne, une gamine en rupture familiale. Cayenne perd un bout de doigt avec l'exercice de la pièce et du fusil. Ils amputent son index avec les moyens du bord... 
Martin continue à violer Turtle. Elle s'achète un test de grossesse. Elle comprend que ça doit s'arrêter. Elle sait le danger mortel pour Jacob ....

My absolute darling entre dans le cercle fermé des grands romans d’initiation qui peuvent devenir cultes pour des adolescents et plébiscités par les lecteurs adultes. 

mercredi 22 août 2018

Rafael, derniers jours



Gregory Macdonald, Rafael, derniers jours (The Brave, 1991), Fleuve Noir, 1991. Rééd. 10/18, 2005. Traduit par Jean-François Merle. 191 p.

Pourquoi lire un truc qui te donne l’impression d’être paralysé par une toile d’araignée dans un recoin de pièce obscure. Se débattre et crier ne sert à rien, l'inéluctable va arriver. Puissance de la littérature, nous sommes Rafael le temps de la lecture.

C'est la grande force du roman de MacDonald de nous impliquer et de nous faire ressentir la vie de ces invisibles, souvent les suspects idéaux, alcooliques par atavisme. Le héros éponyme est celui qui commence à remettre en question la fatalité mais qui n'a pas la bonne information pour faire les bons choix. Il n'est pas né au bon endroit. 

La prochaine fois que je verrai un bidonville et des cabanes de fortune sous une bretelle d’autoroute, je penserai à Rafaël l’Indien qui rêve d’un autre destin pour ses enfants. Rafaël et sa résignation naïve, sa fierté d’avoir enfin un travail. Rafael et les trois jours qui lui restent. 

Un entretien d’embauche: l’Indien est méprisé car il est crasseux, pochtron, miséreux, sentant mauvais. 
Il signe un contrat avec l’homme obèse (dit L’Oncle) qui lui explique en détails le rôle qu'il va jouer dans un film réaliste. 

C’est pas du chiqué : un sécateur ça sert à couper un orteil, et même ce qu'il a entre les jambes, et ensuite on lui arrachera le globe oculaire. Hurler, saigner, vomir, se débattre, il a tous les droits, c’est pour la beauté de l’art. Il y a des amateurs qui donnent cher pour visionner un snuff movie.  
Contre 30 000 dollars. Pour arracher sa famille à la misère. 

Nous sommes Rafael. Et en même temps on aimerait être la petite voix qui lui dit méfie toi, à la banque, orthographie bien ton nom, sois sûr que c'est vraiment ton numéro de sécurité sociale. Sauf que Rafael est illettré. 

Ce qui suit dévoile des éléments de l’intrigue. Les derniers instants de Rafaël. 

On l’emmène chez le coiffeur pour qu’il soit présentable sur le film. On menace le coiffeur pour qu’il admette l’Indien dans sa boutique. Rafael va utiliser du shampoing pour la première fois de sa vie.   

Au supermarché. Avec l'acompte, il veut faire des cadeaux: un gant de base-ball pour le bébé, un synthétiseur, un jeu de docteur, deux robes neuves, une énorme dinde et ses vieux vêtements planqués dans la cabine. Les vigiles l'arrêtent et le libèrent. Rafael pousse son caddie dans les rues avant de monter dans le bus avec son énorme dinde qui rend de l'eau.  

Il rentre chez lui, à Morgantown, tout fier des cadeaux qu'il a acheté à sa famille; cadeaux inutiles, et c'est à pleurer, sauf les deux robes pour Rita, sa femme. Dans ce monde de noirceur, sans issue, l'amour que se portent Rita et Rafael est ce qu'il y a de plus beau. 

 Un vigile tire sur un enfant de 12 ans dans la décharge où ils s’approvisionnent pour survivre. Une femme le soigne avec de la vodka car de toute façon aucun médecin ne viendra. Le père de Rafael a une boule sur le ventre, comme la mère autrefois qui est morte dans la douleur. A Morgantown, tout le monde a une maladie. Le père Stratton, alcoolique lui aussi, confesse Rafael. Qui se demande pourquoi ils boivent tous, il n'a jamais vu faire autrement. 

Il y a eu un braquage, une femme a été tuée. Luis, le frère de Rafael, le dénonce à la police. Le policier interroge Rafael. Le chauffeur de bus confirme son alibi: il l'a pris comme d'habitude devant chez Freedo.
 Rafael et Rita rentrent le long de l'autoroute sous le cagnard. Les derniers moments sont doux, Ils mangent la dinde. Ils ont tous mangé à leur faim, ils n’ont pas l’habitude, ils sont en état de choc...

Rafael fait de la musique avec des bols et des cuillers avec ses deux filles, il est mort de rire et Rita regarde la scène avec amour. Dans ce monde désespéré, les descriptions de la vie de famille font un contrepoint poignant avec le regard de la société sur ces gens. 

 Rafael enfile son costume un peu raide et dit au revoir à Rita, il part au travail...Avant de partir il croise Luis qui a foutu son camion en l'air. Il monte dans le bus.