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mardi 11 décembre 2012

Les aventures de Frédéric Exley



Le Dernier stade de la soif, de Frédérick Exley, traduit de l'anglais par Philippe Aronson et Jérôme Schmidt, 440 pages d’un livre culte, les mémoires pas si fictives que ça d’un être marginal qui retrace pour le lecteur ce long malaise qu'a été sa vie. Drôle et passionnant, même si j’ai du prendre un second souffle au cours de la lecture du livre.
Mais aujourd’hui, en revisitant de mémoire ce livre, relisant mes notes, je n’ai qu'une envie: le relire. Parce qu'au final, ce loser pathétique, avec son cerveau de pochtron, avec sa fourberie d’alcoolique, est assez intelligent pour emporter la partie.

Exley est le fils d’un héros de sa ville natale, qui mourra à 40 ans d’un cancer des poumons. Et il ne se remettra au fond jamais du poids de cette figure paternelle. Un père qui a le don d’écouter, même les marginaux, et qui aime se bagarrer en ville.

Le point central de la vie d’Exley, c’est son goût pour une équipe de football américain, les Giants de New York, son « antalgique » du week-end, « La vie pouvait recommencer. Le cauchemar de la semaine s’était dissipé. ». Il s’identifie au joueur star de l’équipe, Gifford, qu’il ne pourra s’empêcher de provoquer quand il le croisera sur le même campus. L’autre lui répondra par un sourire « avec ce sourire, il me signifia qu'il est lâche de faire porter aux autres le fardeau de sa propre douleur. »
Destins croisés…Possible aujourd’hui qu'on se souvienne davantage de Frédéric Exley que de Frank Gifford.
Le livre commence au moment où Exley croit faire une crise cardiaque alors qu'il écluse devant un match des Giants. Prétexte à revisiter les années antérieures de son existence.
Son enfance à l’ombre de ce père héros de la ville de Watertown, puis ses dérives alcooliques, la folie qui l’envahit à intervalles réguliers et ses séjours à l’asile. On pourrait croire que c’est sordide mais l’auteur s’observe d’un œil goguenard, et si le coté terrifiant de ces expériences est bien montré, la vie à l’asile, ceux qu'il côtoie, sont décrit avec un humour qui enlève de la gravité, comme si tout ça, la vie, était une bonne farce qu'on se faisait à soi-même, surtout quand on témoigne de l’incapacité de vivre comme tout le monde « Je témoignais d’un simple refus infantile et hystérique de reconnaître la validité de leur mode de vie. »
Sur sa route, il croise et magnifie des personnages originaux, l’Avocat, Studs, Oscar, son beau-frère Bumpy et surtout Mister Blue, ce vieil obsédé de la chatte, capable d’enchaîner les séries de pompes.

La plus grande force d’Exley, c’est qu'il se maltraite au plus haut point, on devine qu'il a du éliminer en écrivant toute forme de cadeau qu'il aurait pu se faire à lui-même…Et il s’offre à nous, il se donne avec sa dépouille d’alcoolique, dresse en fou furieux la liste de ses échecs pour supporter le poids des péchés du monde. Manière de réaffirmer les vertus consolatrices de la littérature. Le livre est très connu aux USA, et même étudié à l’université.

C’est aussi la rencontre avec un éditeur: Monsieur Toussaint Louverture, mise en page soignée: la couverture est en carton gris de 400 grammes imprimé en offset, puis durement foulé pour lui donner la vie. Le papier intérieur est du Lac 2000 de 80 grammes, main de 1,3.

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