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mardi 5 février 2013

L'ironie de Socrate et s'oublier soi-même, par François Roustang

L'homme parle de Socrate, de son ironie invraisemblable, de Michaux qui se méfie du langage, modèle de la réalité, des patients qui lui envoient des lettres de remerciement, alors que, dit-il, je ne suis que l'instrument, la corde qui fait vibrer. C'est une parole modeste, de thérapeute qui sait qu'il a affaire à des forces plus grandes que lui et qui prône le détachement. C'est passionnant, écoutez François Roustang.


«Un jour, un homme accablé par le souci de lui-même et qui avait touché au dégoût de soi est venu me voir pour en être délivré. Après quelques minutes de conversation, je lui ai enjoint de de se lever, puis de faire un pas. Sous l'effet de cet ordre qu'il n'a ni discuté ni différé, il a agi sans y penser. Il a été brusquement libéré du souci de se regarder et de savoir ce qu'il faisait. Son visage torturé s'est détendu, et il a ressenti un immense soulagement. Après avoir goûté quelques minutes une tranquilité qu'il n'avait pas connue depuis longtemps, il a jugé que ce changement éprouvé sans conteste n'était pas possible, que c'était vraiment trop simple. Comme il me disait son étonnement, je lui ai fait part du mien. Il n'est pas revenu et a dû retourner à ses démons. Mon seul espoir était qu'il n'oublie pas cependant ce qui s'était passé. Vain espoir probablement. Il avait fait l'expérience de la distance entre intention et action, mais cela lui était insupportable.» P. 125 Savoir attendre. François Roustang. 

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