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mardi 2 juin 2015

Autopsie des ombres (Xavier Boissel)

Autopsie des ombres  de Xavier Boissel  ( Inculte) 2013



Un homme dans un bar, dans son Opel, dans son studio, sur le canapé-lit. Le chat-compagnon l’observe en silence. 
Un homme dans une ville en ruine, famas à l’épaule, la neige floconne, commerces pillés, cadavres d’un couple sur un pont. Les soldats se regroupent. Les soldats tirent sur les chiens, pour éviter les épidémies. 
Un homme sort du sommeil, boit de la vodka, fume encore et encore, s’allonge dans un bain chaud et s’endort. 
C’est une dérive vers la disparition. L’auteur se fixe à son personnage principal et le suit comme une ombre. Le titre ne ment pas: l’anti-héros du roman est une ombre parmi les ombres, comment faire pour suivre l’ombre d’une ombre...
« Il avait marché toute la journée dans la ville, cherchant l’ombre, naviguant dans l’ombre et même parfois ayant la sensation d’être une ombre. »
Revenu d’une guerre dans les Balkans, il y a, ancrée en lui comme un éclat d’obus invisible qui s’infecte et irradie progressivement son esprit, le sentiment d’impuissance du soldat qui a été incapable de protéger les populations civiles. 
«  Quand tu croisais les bourreaux, tout signait, dans leur regard plein d’ironie, dans leurs corps rivés, le triomphe de leur impunité défiante.»
L’homme fume comme pour se consumer lui-même, et boit pour trouver le sommeil. 
La ville française où il est revenu, les jeux de lumière sur la façade de son immeuble répondent à la ville en ruine, aux décombres, aux pluies de cendres, projectiles fumigènes au phosphore. 

Il traversera des zones suburbaines, des lotissements pavillonnaires, des terrains vagues, des barres d’immeubles cubiques, des ruines restaurées ( les pierres rejointoyées du vieux donjon), des lieux habités encore debout qu’il ne semble plus supporter.  

Le style est sec et sobre, la précision pointilliste du vocabulaire mêle l’hyperréalisme des gilets pare-balle en kevlar, des paquets de Drina, des odeurs de détergents sur les aires d’autoroute au bain lustral, à la stase vivifiante de la poésie. Et on s’arrête avec le personnage au bord de l’abîme. La littérature se prête bien à mettre en scènes ces personnages en quête d’effacement. J'ai aimé ce récit ramassé et puissant. 

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