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samedi 9 mars 2013

Savoir attendre de François Roustang


Sur France-culture, l'homme parlait de Socrate, de son ironie invraisemblable, de Michaux qui se méfie du langage, modèle de la réalité, des patients qui lui envoient des lettres de remerciement, alors que, dit-il, je ne suis que l'instrument, la corde qui fait vibrer. C'est une parole modeste, de thérapeute qui sait qu'il a affaire à des forces plus grandes que lui et qui prône le détachement. Cela me donne envie de lire ce poche qui végète dans une pile.
6,68 euros chez Gibert

François Roustang, Savoir attendre.
Avec des phrases simples, une sorte de "ligne claire" dans le style,  François Roustang donne sa vision de l'attente. En lisant ce livre, on avance, pas à pas,  dans une pensée du lâcher prise. Roustang minore sans cesse le rôle du thérapeute, cette personne qui doit oublier tout savoir, toute expérience avant de recevoir son patient afin de laisser celui-ci exister dans sa singularité. Il sait que ne pas faire de thérapie donne parfois d'aussi bons résultats que la thérapie elle-même, le patient venant aussi chercher une autorisation de transformer son existence. Et Roustang sait que le patient trouve parfois son avantage à rester malheureux.

Au fur et à mesure de la lecture, on a l'impression de voir le thérapeute occidental se transformer en vieux sage orientalisant, dénuement et détachement de soi. Il contrecarre les idées toutes faites, les stéréotypes psychologisants (le fameux et stérilisant "c'est juste une question de volonté"), l'excès de cartésianisme. Bref, on est à la frontière du philosophique qui aide à vivre, le genre de livre à reprendre quand on est coincé dans une situation, quand on rumine les mêmes discours.

Phrases volées :

-Tant que la souffrance n'a pas atteint un certain seuil d'insupportable, le coût du changement est supérieur à la dépense occasionnée par le mal.(p.28)
 -L’être humain ne peut pas s'empêcher de penser et de ressentir que le changement se paie au prix fort de l'aventure. P. 36
-Ce serait oublier que les humains tiennent plus à leurs souffrances qu'à leur bonheur et qu'ils sont plus capables des plus subtiles inventions pour les entretenir. P53
-La décison est une folie, disait Kierkegaard.

-Nombreuses sont les personnes aujourd'hui, que l'on catalogue comme états limites et qu'il vaudrait mieux nommer frontaliers, qui ont avec la réalité un rapport incertain. Elles s'étonnent et s'inquiètent d'être envahies de sensations ou de perceptions qu'elles ne peuvent pas dire et partager avec d'autres sous peine d'être taxées de folie ou d'aliénation. Si elle sont au contraire entendues comme porteuses d'un don ignoré de la plupart, don qui peut rendre leurs relations aux autres plus avisées et aux choses mieux adaptées, elles peuvent s'apaiser et avoir moins peur de leur différence. P.65

-Il en est de même de ces dialogues intérieurs qui ne progressent pas, qui remplissent la tête jusqu'à la fatigue, qui reviennent sans cesse sur les mêmes circonstances soit pour nous y donner un rôle que nous n'avons pas pu tenir (...) ces entreprises sont vaines, parce que nous nous tenons alors dans le passé  pour tenter de faire qu'il n'ait pas eu lieu ou qu'il ait été autrement qu'il n'est. P. 111

-La solution d'un problème humain ne s'effectue jamais par une réponse à la question pourquoi. P.112

-Un jour, un homme accablé par le souci de lui-même et qui avait touché au dégoût de soi est venu me voir pour en être délivré. (voir ici )p124

-Quelle est la visée du rapport entre l'hypnothérapeute et l'hypnotisé ? Pour ma part, la réponse ne fait pas de doute: c'est une modification immédiate.

-S'absorber dans la respiration...elle est le lieu où quelque chose de l'être humain est actif indépendamment de toute intervention de sa part et sur quoi il peut cependant intervenir pour en modifier le rythme, la suspendre un instant et la reprendre. P.165

-La transe est par définition une redistribution des cartes.

-Le thérapeute fait pression, comme quelqu'un qui a du goût pour la liberté et voudrait bien qu'un autre puisse en apprécier le fruit. Il pousse comme le vent favorable, mais il ne force pas. Car nul ne peut vouloir quelque chose pour un autre, surtout si cela lui est essentiel. P.175

-D'abord, ce n'est pas moi qui ai écrit...L'impersonnalité de leur oeuvre est revendiquée par nombre de peintres et d'écrivains. P.182

-Il nous est bien difficile d'admettre que l'efficacité d'une thérapie, comme la valeur d'une oeuvre, ne naît pas de nous; elle vient du dehors, elle vient d'avant, elle vient de ce qui est alentour et qui nous porte. P.191

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